Site d'étude

Site d'étude du projet Interreg ALGA

Découvrez le site d'étude du projet Interreg ALGA

Le Léman est le plus grand lac naturel profond d'Europe occidentale. Il est un modèle à plus d'un titre et a inspiré la définition même de la discipline qui s'intéresse à l'étude des milieux aquatiques continentaux: la limnologie.

Indispensable pour fournir de nombreux services essentiels à une population riveraine toujours croissante, en France comme en Suisse, à savoir l’approvisionnement en eau potable, les loisirs aquatiques et nautiques, la pêche, l’exploitation thermique, ou encore les transports. D’autres services sont plus difficiles à percevoir et quantifier mais sont également cruciaux pour l’environnement et donc pour l’Homme, comme le support de la biodiversité et les cycles biogéochimiques. Le Léman est soumis à des pressions déclinées localement, comme la pollution induite par la densification de la population et l’activité économique (dont les micropolluants, l’eutrophisation et la ré-oligotrophisation, les espèces invasives), et plus largement comme le changement global (dont le réchauffement climatique). Ce dernier conduit à un réchauffement progressif du lac, ainsi qu’à une augmentation en fréquence et durée des évènements météorologiques extrêmes tels que les canicules et les tempêtes. Les changements climatiques affectent également le régime de mélange du lac, renforçant la stratification de la colonne d’eau en été et affaiblissant le brassage hivernal. Lorsque le brassage du lac en hiver est incomplet et qu'une couche profonde anoxique se forme de façon plus ou moins permanente et perdure, aucun renouvellement d’oxygène n'atteint les sédiments. Dans ces conditions d'absence d’oxygène, l'état d'oxydoréduction des sédiments change et cela accroit le risque de libération du phosphore stocké dans les sédiments pendant les décennies eutrophes des années 1950 à 1990, augmentant ainsi le stock de phosphore biodisponible au sein de l’écosystème profond. Les années où le mélange est plus important, ce phosphore peut être ramené à la surface du lac où il favorise la prolifération d'algues et la détérioration de la qualité de l'eau du lac. Toutefois, et inversement, un brassage hivernal réduit peut aussi conduire à une ultra-oligotrophisation temporaire des couches de surfaces et réduire théoriquement la production phytoplanctonique. Sans brassage complet, les niveaux élevés de nutriments dans la partie la plus profonde du lac restent bloqués, c.à.d. indisponibles pour le phytoplancton dans la couche superficielle. 

Temp_0-10m_ete
La température estivale de la couche de surface du Léman, située entre la surface du lac et 10 m de profondeur, a augmenté en moyenne de 2,6 °C sur la période 1981-2023 (données CIPEL/INRAE).

Le Léman et son bassin versant ont fait et continuent de faire l’objet d’une importante surveillance écologique, notamment par la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (https://www.cipel.org/) en lien avec l’Observatoire des LAcs (https://www6.inrae.fr/soere-ola). Par ailleurs, de nombreuses études ont analysé différents aspects de son fonctionnement hydrodynamique, son écologie ou encore sa biogéochimie. Bien que certaines études adoptent une approche écosystémique afin de comprendre dans leur intégralité à la fois le fonctionnement et la résilience (définie ici comme la capacité de l’écosystème à « rebondir » après une perturbation et retrouver un équilibre stable) du Léman, il reste nécessaire d’approfondir nos connaissances afin de mieux anticiper les effets du changement climatique ainsi que l’augmentation des pressions locales.

Pour que le Léman puisse continuer à fournir des services écosystémiques essentiels tels que l'approvisionnement en eau potable, qui dépendent de la qualité de l'eau et de l'absence de prolifération d'algues nuisibles, il est critique que plusieurs disciplines s'unissent, et c’est typiquement ce que propose le projet ALGA. Les blooms sont des processus complexes dans lesquels différents facteurs environnementaux se conjuguent et qui ont des conséquences compliquées sur le fonctionnement de l'écosystème lacustre. Des disciplines scientifiques allant de la physique des lacs à la physiologie et à l'écologie du phytoplancton, ou encore des spécialistes de la valeur des services écosystémiques doivent collaborer pour comprendre les mécanismes impliqués dans la future formation des blooms. Sans cette compréhension approfondie, il n'est pas possible de prédire les scénarios d'efflorescence probables dans les décennies à venir. Cette compréhension constitue également la base d'une gestion adaptative des lacs, capable de répondre aux défis d'un climat en évolution et de contrôler efficacement les efflorescences qui s'ensuivront. Les buts et limites de la gestion des lacs et les implications des mesures d'atténuation et de contrôle des efflorescences sont fixées par la gouvernance des lacs, dans les deux pays, qui est informée par les besoins et les demandes de la population locale. C'est pourquoi la compréhension des mécanismes d’apparition des blooms algaux et l’évaluation de leurs impacts subséquents sur les services rendus, comme l’eau potable et les loisirs ou encore la pêche, constituent un préalable indispensable à la définition d’une gouvernance transfrontalière face à ces épisodes gérés jusqu’à maintenant sans une concertation nécessaire face à ces enjeux entre pays, ni entre gestionnaires/décideurs d’un même pays. Une gestion transfrontalière efficiente doit être en mesure d’assurer une action coordonnée en réponse aux blooms algaux. Elle dépend d’abord de la perception et des attentes de la population et des principaux acteurs économiques bénéficiaires des services écosystémiques. En effet, perceptions et attentes permettent à la fois de définir les modalités du problème à résoudre et sa mise à l’agenda politique. Par conséquent, le projet ALGA aura notamment pour objectif d’identifier les lacunes de la gouvernance actuelle vis-à-vis des blooms, et un éventail de configurations de gouvernances possibles en fonction des enjeux écologiques, des attentes de la population et de son adhésion aux instruments de gouvernance (information, réglementation, taxes, etc.). L’identification de cet éventail et la proposition de modèles de gouvernance des blooms, réalisables autour du Léman, tiendra compte des bases légales et des configurations d’acteurs sur le territoire pour s’assurer de l’opérationnalité des conclusions du projet. Ainsi, afin de garantir les services fournis par l’écosystème lémanique sur le long terme, une telle approche globale, associant une vision écologique et socio-économique, aiderait les gestionnaires à identifier des mesures respectueuses et adaptées pour répondre aux besoins et à leur évolution future, à décider des mesures d’adaptation ou d’atténuation et ainsi être en mesure de faire les compromis appropriés.

Une approche transdisciplinaire autour du bassin lémanique constitue donc un atout majeur pour élaborer des scénarios de gestion pour le futur. Nous proposons de fédérer dans un projet INTERREG FR-CH diverses expertises existantes en associant écologues, politistes, économistes et acteurs socio-économiques autour du socio-écosystème Léman pour faire émerger une compréhension collective qui aidera les gestionnaires dans leurs prises de décisions.